Baromètre prospection B2B 2026 : 14,4 millions d'établissements au crible

Sur les 14 387 175 établissements actifs que compte la France au 1er juillet 2026, 87 % ne déclarent aucun effectif salarié, près d'un quart relève des activités immobilières — l'effet SCI — et à peine 8,7 % affichent une enseigne. Dans la plus grande base d'entreprises du pays, l'écrasante majorité des lignes n'a ni salarié, ni vitrine — ni, parfois, d'autre raison d'être que de détenir un bien. La carte est exhaustive ; le marché, lui, est ailleurs.

Léa vient de se mettre à son compte comme recruteuse indépendante. Pour cartographier les employeurs de sa région, elle télécharge la liste officielle des entreprises françaises — le répertoire SIRENE — et déchante en quelques minutes : des pages entières de sociétés civiles immobilières sans salarié ni téléphone, des holdings domiciliées dans des boîtes aux lettres, des micro-entreprises dont rien n'indique l'activité réelle. La liste ne répond pas à la seule question qui compte quand on prospecte : qui, là-dedans, vaut la peine d'être contacté ?

Ce décalage entre la carte administrative et le terrain, tous ceux qui construisent un fichier — indépendants, recruteurs, associations, TPE qui démarchent localement — finissent par le découvrir à leurs dépens. Pour le mesurer précisément, nous avons passé au crible l'intégralité du stock SIRENE des établissements actifs et diffusibles, arrêté au 1er juillet 2026. Voici ce que disent les chiffres, enseignement par enseignement.

14,4 millions d'établissements actifs : ce que recouvre vraiment le chiffre

Au 1er juillet 2026, la France compte 14 387 175 établissements actifs et diffusibles dans le répertoire SIRENE. Côté unités légales — les entreprises et structures juridiques elles-mêmes —, le répertoire en recense 26 756 173, dont 14 470 762 actives ; les 12 285 411 restantes sont des structures cessées, conservées pour l'historique.

L'unité légale est l'entité juridique, identifiée par son SIREN ; l'établissement est le lieu d'exercice, identifié par son SIRET. C'est ce dernier qui intéresse la prospection de terrain : lui seul a une adresse, un quartier, une zone de chalandise. Sauf mention contraire, cette étude parle donc d'établissements actifs.

Un stock, aussi impressionnant soit-il, ne dit pourtant rien de sa composition — et c'est là que la carte devient trompeuse.

Premier enseignement : 87 % des établissements n'affichent aucun effectif salarié

Sur les 14 387 175 établissements actifs, 12 557 762 — soit 87,28 % — ne déclarent aucun effectif salarié. Dans le détail, 12 486 437 relèvent du code INSEE « NN » (effectif non renseigné, typique des structures sans salarié : micro-entrepreneurs, sociétés patrimoniales, professions libérales en solo) et 71 325 du code « 00 » (zéro salarié déclaré).

Conséquence pratique : filtrer une base sur « au moins un salarié » écarte près de neuf établissements sur dix. Pour un recruteur, ce couperet est une bénédiction — il isole d'emblée les structures qui emploient. Pour tous les autres, il serait une erreur : le bloc « sans effectif » contient justement les indépendants, artisans en solo et très petites structures qui forment le cœur de nombreux marchés. Le champ effectif n'est pas un indicateur de qualité ; c'est un séparateur de mondes.

Deuxième enseignement : l'effet SCI place l'immobilier en tête de toutes les activités

Si l'on classe les établissements actifs par division d'activité (les deux premiers chiffres du code NAF), le podium surprend : ce n'est ni le commerce ni le bâtiment qui domine, mais les activités immobilières, avec 3 326 963 établissements, soit 23,1 % du stock. L'explication tient en trois lettres : SCI. Créées pour détenir ou transmettre un patrimoine, les sociétés civiles immobilières comptent comme des établissements — mais sont rarement des interlocuteurs commerciaux pour un prospecteur.

RangDivision NAFÉtablissements actifs
168 — Activités immobilières3 326 963
247 — Commerce de détail1 087 194
343 — Travaux de construction spécialisés785 545
401 — Culture et production animale706 038
594 — Organisations associatives681 347
670 — Sièges sociaux et conseil de gestion673 653
786 — Santé humaine588 886
881 — Services aux bâtiments et paysage421 243
985 — Enseignement405 084
1096 — Autres services personnels402 347

Le reste du classement raconte la France économique réelle : commerce de détail (1 087 194 établissements), travaux de construction spécialisés (785 545), agriculture (706 038). Deux lignes méritent une lecture à part : les organisations associatives (681 347 établissements), vivier considérable pour qui cherche des partenaires ou des mécènes de proximité, et la santé humaine (588 886), où chaque cabinet compte comme un établissement — une granularité précieuse pour cibler des praticiens.

La leçon d'ensemble : brut, le classement sectoriel surestime massivement l'immobilier patrimonial. Retirer mentalement l'effet SCI est le premier réflexe à acquérir avant toute estimation de marché.

Troisième enseignement : une géographie très concentrée, mais aucun désert absolu

Le classement départemental, reconstruit à partir du code postal, confirme une intuition et en corrige une autre. L'intuition confirmée : Paris écrase tout, avec 1 159 693 établissements, devant les Bouches-du-Rhône (484 591) et le Rhône (430 194).

RangDépartementÉtablissements
175 — Paris1 159 693
213 — Bouches-du-Rhône484 591
369 — Rhône430 194
459 — Nord401 238
533 — Gironde390 075
692 — Hauts-de-Seine360 873
706 — Alpes-Maritimes358 273
834 — Hérault318 587
993 — Seine-Saint-Denis307 625
1031 — Haute-Garonne295 186

L'intuition corrigée se lit en bas du classement. Les cinq départements les moins denses sont la Lozère (20 982 établissements), le Territoire de Belfort (21 434), la Creuse (28 739), la Meuse (30 883) et la Haute-Marne (31 325). Même le département le moins pourvu de France aligne plus de vingt mille établissements actifs. Pour une TPE qui démarche localement ou une association qui sonde les commerces de son bassin, il n'existe pas de désert de prospection — seulement des densités différentes, qui appellent des rayons d'action différents.

Précision d'honnêteté statistique : ce classement exclut 157 187 établissements sans code postal, ainsi que les adresses à l'étranger et certaines collectivités d'outre-mer (détail en méthodologie). L'ordre de grandeur des écarts n'en est pas affecté.

Quatrième enseignement : plus d'un tiers du tissu actif est une personne physique

Parmi les 14 470 762 unités légales actives, 5 543 956 sont des personnes physiques — micro-entrepreneurs et entreprises individuelles —, soit 38,31 % du tissu productif en activité. Plus d'une « entreprise » française sur trois est donc, juridiquement, une personne.

Pour la prospection, ce chiffre change tout. Dans la manière d'aborder le contact, d'abord : derrière ces lignes, ni standard ni service achats — un seul interlocuteur, à la fois dirigeant, producteur et décideur. Dans les précautions, ensuite : les coordonnées d'un entrepreneur individuel restent rattachées à une personne physique et se traitent avec le soin dû aux données personnelles, même en contexte professionnel. Dans les arguments, enfin : un message calibré pour une PME structurée tombera à plat auprès d'un indépendant qui arbitre seul, vite, sur des critères concrets.

Cinquième enseignement : les créations 2026 rejouent le même casting, avec deux intrus

Le flux confirme le stock. Le répertoire arrêté au 1er juillet 2026 contient 424 712 unités légales dont la date de création tombe en 2026 — essentiellement le premier semestre, donc. En tête, les mêmes acteurs que dans le stock : immobilier, commerce de détail, conseil et construction.

RangDivision NAFCréations datées 2026
168 — Activités immobilières62 266
247 — Commerce de détail47 738
370 — Sièges sociaux et conseil de gestion32 645
443 — Travaux de construction spécialisés25 585
581 — Services aux bâtiments et paysage20 293

Deux lignes hors podium racontent une histoire plus contemporaine : « poste et courrier » enregistre 17 637 créations — le statut privilégié des livreurs indépendants — et la programmation informatique 16 495, signe que le freelancing tech continue d'alimenter le registre. Pour qui s'adresse aux jeunes entreprises, ces créations récentes sont un signal d'entrée en relation naturel : le besoin est réel, l'équipement n'est pas encore fait. C'est aussi le segment le plus fragile du fichier — une part de ces structures n'atteindra jamais sa vitesse de croisière.

Sixième enseignement : l'enseigne, le filtre le plus sous-coté du répertoire

Dernier chiffre, et peut-être le plus utile au quotidien : seuls 1 257 393 établissements actifs — 8,74 % du stock — ont une enseigne renseignée dans le répertoire. Or l'enseigne est un excellent proxy du « commerce à vitrine » : une structure qui en a déclaré une a pignon sur rue, se repère sur le terrain et se retrouve sur une cartographie en ligne.

Autrement dit, moins d'un établissement sur dix correspond à ce qu'on imagine spontanément quand on dit « entreprise » : une boutique, un atelier, un restaurant, une agence avec devanture. Pour un prospecteur local, ce champ discret vaut mieux que bien des filtres sophistiqués : croisé avec le code postal et l'activité, il fait émerger les acteurs visibles et joignables d'un quartier. Il rappelle aussi que le registre administratif et le terrain sont deux sources complémentaires, jamais interchangeables.

Ce que cette carte change pour votre ciblage

Résumons, audience par audience. Vous recrutez ou vendez à des employeurs : le filtre effectif est votre meilleur allié, à condition d'assumer qu'il réduit la carte à une petite fraction du stock. Vous vendez aux indépendants et aux TPE : le bloc « sans effectif déclaré » est votre marché, et il se travaille personne par personne. Vous êtes une association : votre secteur pèse 681 347 établissements — vos pairs et partenaires potentiels y figurent déjà. Vous prospectez localement : combinez code postal, activité et enseigne, et méfiez-vous des volumes gonflés par les SCI.

La conclusion tient en une phrase : en prospection B2B, le volume ne fait pas le gisement — le tri le fait. La France des 14,4 millions d'établissements est une invitation à filtrer, pas à arroser.

Questions fréquentes

Combien y a-t-il d'entreprises actives en France en 2026 ?

Au 1er juillet 2026, le répertoire SIRENE recense 14 470 762 unités légales actives (entités juridiques) et 14 387 175 établissements actifs et diffusibles (lieux d'exercice). Le répertoire complet monte à 26 756 173 unités légales en comptant les 12 285 411 structures cessées.

Pourquoi 87 % des établissements n'ont-ils aucun effectif salarié déclaré ?

Parce que le tissu français est dominé par des structures sans salarié : micro-entrepreneurs, entreprises individuelles, professions libérales en solo, sociétés patrimoniales. Ces établissements portent le code effectif « NN » (non renseigné, 12 486 437 cas) ou « 00 » (zéro salarié, 71 325 cas), soit 87,28 % du stock actif.

Qu'est-ce que « l'effet SCI » dans les statistiques d'entreprises ?

Les sociétés civiles immobilières, créées pour détenir ou transmettre un patrimoine, comptent chacune comme un établissement dans le répertoire. Résultat : les activités immobilières arrivent en tête de toutes les divisions d'activité avec 3 326 963 établissements (23,1 % du stock), alors qu'une grande partie de ces structures n'a ni activité commerciale ni interlocuteur à démarcher. Tout classement sectoriel brut doit être lu avec ce biais en tête.

La base SIRENE suffit-elle pour prospecter ?

Non. Le répertoire fournit l'existence légale, l'adresse, l'activité et quelques attributs (effectif, enseigne, date de création), mais ni email ni téléphone de prospection. Il sert à délimiter et qualifier un périmètre ; la donnée de contact se construit ensuite, en croisant d'autres sources — dans le respect des règles applicables au démarchage.

Combien de créations d'entreprises ont été enregistrées en 2026 ?

Le stock arrêté au 1er juillet 2026 contient 424 712 unités légales datées de 2026 — essentiellement le premier semestre. Les divisions les plus dynamiques sont l'immobilier (62 266 créations), le commerce de détail (47 738) et les sièges sociaux et conseil de gestion (32 645).

Méthodologie

Périmètre : établissements actifs et diffusibles du répertoire SIRENE de l'INSEE (open data), stock arrêté au 1er juillet 2026, soit 14 387 175 établissements et 26 756 173 unités légales, dont 14 470 762 actives. Les données sources sont publiées par l'INSEE et diffusées sur la plateforme officielle : base SIRENE des entreprises et de leurs établissements (data.gouv.fr) ; documentation du répertoire : le site de l'INSEE. Les agrégats ont été calculés par requêtes en lecture seule sur une copie locale de la base, puis chaque total a été réconcilié avec les totaux de référence du fichier source (écart zéro). Cette étude repose exclusivement sur ces données publiques en open data. Calculs Outsend sur la base SIRENE.

Limites documentées : le département est déduit du code postal (la Corse est agrégée sous « 20 », les départements d'outre-mer sont identifiés sur trois caractères) ; sont exclus du classement départemental 157 187 établissements sans code postal, 27 525 codes « 99 » (adresses à l'étranger), 5 107 codes en « 98x » (Monaco, Polynésie), 1 290 à Saint-Pierre-et-Miquelon et 4 574 codes postaux étrangers ou mal formés résiduels constatés dans la donnée brute (formats type « SW », « L- », etc.). « Sans effectif déclaré » désigne les codes INSEE « NN » (non renseigné) et « 00 » (zéro salarié). Les créations 2026 sont bornées au 31 décembre 2026 : 102 enregistrements pré-datés 2027 et au-delà ont été exclus après contrôle des bornes de dates.

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