Apify et Octoparse atterrissent souvent sur la même liste courte, et pourtant ils ne répondent pas à la même question d'organisation. L'un suppose que quelqu'un chez vous sait lire une documentation technique et brancher une API ; l'autre suppose que personne ne le fera jamais. Prix, délai de mise en route et solidité dans le temps découlent de cette hypothèse. Ce comparatif ne désigne pas de vainqueur : il isole les axes sur lesquels le choix se joue, en ne citant que les pages officielles des deux éditeurs.
Un magasin d'acteurs prêts à tourner face à un atelier de montage visuel
Apify n'est pas d'abord un scraper, c'est une plateforme d'exécution doublée d'une place de marché. Sa documentation définit un Actor comme un programme cloud sans serveur qui prend une entrée JSON structurée, exécute une tâche et produit le cas échéant une sortie structurée (Apify, documentation officielle, 2026). Ces programmes viennent de développeurs tiers autant que de l'éditeur, et la page publique du Store en annonce 65 882 (Apify Store, 2026). Vous ne construisez donc pas un scraper : vous en choisissez un et vous le lancez.
Octoparse prend le problème par l'autre bout. L'éditeur le présente comme une solution sans code pour transformer des pages web en données structurées : détection automatique proposant un premier flux ajustable par glisser-déposer, application de bureau, extraction planifiée dans le nuage (Octoparse, page produit officielle, 2026). Sa page tarifs annonce plus de 500 modèles préconfigurés pour les sites courants à partir du plan Standard (Octoparse, page tarifs officielle, 2026). Vous construisez le scraper vous-même, mais sans écrire de code.
La différence n'est pas cosmétique : chez Apify, l'intelligence du parcours est dans un programme écrit par un tiers ; chez Octoparse, dans une configuration que vous détenez.
Ce que vous achetez vraiment : du calcul d'un côté, des tâches de l'autre
Apify vend de l'abonnement adossé à un crédit d'usage prépayé. Sa page tarifs affiche quatre plans : Free à 0 $ avec 5 $ d'usage inclus, Starter à 19 $ avec 19 $ inclus, Scale à 199 $ avec 199 $ inclus, Business à 999 $, remise de 10 % à l'année. L'unité sous-jacente est l'unité de calcul, à 0,2 $ sur Free et Starter, 0,16 $ sur Scale, 0,13 $ sur Business ; la même page précise que les crédits non consommés expirent à la fin du cycle (Apify, page tarifs officielle, 2026). La formule est publiée : mémoire allouée multipliée par durée, soit 1024 Mo x 1 heure = 1 CU (Apify, documentation officielle, 2026). Chaque acteur applique en outre l'un de deux modèles, prix fixe par événement ou refacturation de l'usage, indiqué sur sa page.
Octoparse vend un quota de tâches. Le plan gratuit donne 10 tâches, 1 appareil, l'extraction locale et 50 000 lignes d'export par mois vers Excel, CSV, JSON, HTML ou XML ; Standard est à 69 $ par mois pour 100 tâches et Professional à 249 $ par mois pour 250 tâches, ces deux tarifs s'entendant en facturation annuelle, soit 16 % sous le tarif au mois (Octoparse, page tarifs officielle, 2026).
Le plafond n'est donc pas au même endroit, et c'est l'arbitrage central. Chez Apify, rien ne limite le nombre de cibles, mais la facture suit le temps machine : une zone dense, une page lente, une reprise après échec consomment sans garantir une ligne de plus. Chez Octoparse, ce qui coûte n'est pas le volume extrait mais le nombre de configurations maintenues. Vingt sites en petit volume tirent vers Octoparse ; trois sites à très gros volume, vers Apify.
Combien de temps avant la première ligne exploitable
Sur une cible courante, Apify est imbattable en délai : l'acteur existe, vous remplissez un formulaire et vous lancez. Sur une cible que personne n'a couverte, vous changez de métier : un Actor est un programme tournant dans un conteneur Docker, avec un fichier de construction et un code source (Apify, documentation officielle, 2026). L'écart entre le cas prévu et le cas non prévu est donc brutal.
Octoparse lisse cette marche : la détection automatique propose un flux, vous corrigez les sélecteurs à la souris, vous ajoutez la pagination ou le défilement. Plus long qu'un acteur prêt à l'emploi sur une cible connue, beaucoup plus court qu'un développement sur une cible inconnue. Pour une équipe sans développeur, cette régularité compte davantage que la vitesse dans le meilleur des cas.
Le jour où le site cible bouge
C'est l'axe que les comparatifs de fonctionnalités ignorent, et celui qui décide du coût réel à douze mois : un site change sa mise en page, et l'extraction s'arrête ou, pire, continue en rendant des colonnes vides.
Avec un acteur tiers, la réparation ne vous appartient pas : elle dépend du développeur qui le publie. Avantage tant qu'il est actif, dépendance ensuite. Chaque page d'acteur indique son auteur et son modèle de facturation, ce qui rend la dépendance vérifiable avant de s'engager (Apify, page tarifs officielle, 2026).
Avec Octoparse, la réparation vous appartient toujours, sauf sur les modèles maintenus par l'éditeur. C'est plus de travail, et la garantie de ne dépendre de personne. La bonne question n'est donc pas lequel casse le moins, c'est qui, chez vous, sera devant l'écran le jour où ça casse. Si la réponse est personne, l'acteur maintenu par un tiers est le pari raisonnable. Si c'est un profil non technique déjà en poste, l'atelier visuel est le seul des deux qu'il réparera seul.
Partir avec son travail : ce qui reste si vous arrêtez de payer
La portabilité se juge sur deux objets : la donnée produite et la recette qui la produit.
Côté donnée, les deux s'en sortent. Octoparse exporte vers Excel, CSV, JSON, HTML et XML dès le plan gratuit, et expose une API, une ligne de commande et un connecteur MCP (Octoparse, page tarifs officielle, 2026). Une réserve : la même page indique une rétention des données du nuage de 30 à 90 jours selon le plan, et aucune sur le plan gratuit. Ce qui n'est pas exporté à temps disparaît.
Côté recette, l'écart joue en faveur d'Apify pour qui développe : sa documentation indique que les Actors peuvent être exécutés localement comme sur la plateforme (Apify SDK, documentation officielle, 2026). Un acteur que vous avez écrit reste un programme que vous emportez ; un acteur du Store écrit par un tiers, non ; une configuration Octoparse ne s'exécute que dans Octoparse. Pour une équipe technique l'argument est sérieux ; pour une équipe qui n'écrira jamais d'acteur, il est sans effet.
Scraping ou API officielle : la question sous la question
Beaucoup de ceux qui comparent ces deux outils hésitent en réalité sur la méthode, pas sur la marque. L'API officielle du site cible, quand elle existe, semble la voie propre : contractuelle, stable, documentée. Deux vérifications s'imposent avant de trancher.
Le coût d'abord. Sur Google Maps, le SKU Places API Text Search Pro offre 5 000 requêtes gratuites par mois, puis 32,00 $ pour 1 000 requêtes sur la première tranche ; Place Details Pro, 5 000 gratuites puis 17,00 $ pour 1 000 (Google Maps Platform, grille tarifaire officielle, 2026). Constituer une liste de dizaines de milliers de fiches détaillées n'est donc pas anodin.
Le contrat ensuite, et c'est décisif. Les conditions de Google Maps Platform interdisent de copier et conserver des noms d'établissements, des adresses ou des avis, et posent une clause explicite de non mise en cache du contenu Maps, sauf autorisation expresse des conditions spécifiques au service (Google Maps Platform Terms of Service, section 3.2.3, 2026). Payer l'API ne fait donc pas de vous le propriétaire d'un fichier réutilisable : ce n'est pas une version chère du scraping, c'est un autre régime d'usage. L'extraction ne supprime pas la contrainte, elle en déplace la charge sur vous, ce que détaille notre article sur ce que recouvre le scraping. Choisir entre API et extraction, c'est choisir qui porte la maintenance et qui porte le risque, pas seulement combien vous payez.
Ce que dit le tableau quand on enlève les prix
| Critère | Apify | Octoparse |
|---|---|---|
| Nature du produit | Place de marché d'acteurs et plateforme d'exécution | Outil visuel sans code, bureau et nuage |
| Unité facturée | Usage prépayé, unité de calcul (mémoire multipliée par durée) | Abonnement à quota de tâches configurées |
| Plafond structurant | Le temps machine consommé | Le nombre de configurations distinctes |
| Point de départ sur une cible couverte | Un acteur existant, formulaire d'entrée | Un modèle préconfiguré ou la détection automatique |
| Point de départ sur une cible non couverte | Développement d'un programme conteneurisé | Construction visuelle |
| Responsabilité de la maintenance | Le développeur de l'acteur, ou vous si vous l'écrivez | Vous, sauf sur les modèles maintenus par l'éditeur |
| Portabilité de la recette | Un acteur que vous écrivez s'exécute aussi en local | La configuration ne s'exécute que dans l'outil |
| Portabilité de la donnée | Jeux de données exportables via API | Excel, CSV, JSON, HTML, XML dès le gratuit |
Lisez la ligne plafond structurant en premier : c'est elle qui prédit votre facture au douzième mois, pas le montant affiché sur la page de tarifs.
Quand ni Apify ni Octoparse ne répond à la question posée
Il existe un cas où la comparaison ci-dessus est bien menée mais hors sujet : quand la cible est une liste d'établissements français à démarcher. Les deux outils font l'extraction ; ce qui manque arrive après, et c'est un problème de périmètre, pas de qualité. Un export Google Maps donne un nom commercial, une adresse, un téléphone d'accueil et parfois un site, mais pas le rattachement au répertoire officiel, alors que le répertoire Sirene recense près de 25 millions d'entreprises et 36 millions d'établissements, mis à jour quotidiennement (Insee, page officielle, 2026).
C'est le périmètre sur lequel outsend travaille : l'extraction d'une zone, puis dans la même chaîne le rattachement SIRET, SIREN, TVA et RCS, la forme juridique et les dirigeants, enfin des adresses email vérifiées. La plateforme est en alpha : demander un accès alpha gratuit.
Il faut dire aussi où nous ne sommes pas la bonne réponse : catalogue produit, veille tarifaire sur une place de marché, données hors annuaire d'entreprises, flux quotidien vers un entrepôt sur des sites arbitraires. Sur tous ces besoins, Apify et Octoparse restent meilleurs, et un outil spécialisé sur la donnée d'entreprise française serait un mauvais choix. Le critère n'est pas la qualité d'exécution, c'est la nature de la cible.
Quatre questions avant de signer
Le nombre de tâches d'Octoparse limite-t-il le volume extrait ?
Non : une tâche est une configuration d'extraction, pas un quota de lignes. Les plans payants annoncent un export illimité, le gratuit plafonne à 50 000 lignes par mois (Octoparse, page tarifs officielle, 2026). La contrainte porte sur le nombre de cibles, pas sur leur profondeur.
Pourquoi le coût d'un run Apify est-il difficile à annoncer d'avance ?
Parce que l'unité facturée est la ressource consommée, mémoire allouée multipliée par durée (Apify, documentation officielle, 2026). Deux extractions rendant le même nombre de lignes peuvent donc coûter différemment selon la densité de la zone et la lenteur des pages. Les acteurs facturés à l'événement réduisent cette incertitude sans l'annuler.
Faut-il vraiment choisir entre les deux ?
Pas nécessairement. Beaucoup d'équipes prennent un acteur prêt à l'emploi sur les deux ou trois cibles majeures et un outil visuel pour la longue traîne. Le coût est cognitif : deux interfaces, deux logiques de quota, deux endroits où chercher quand une extraction ne rend rien. Notre panorama des alternatives à Apify détaille les autres options.
Lequel choisir pour une extraction unique sur une seule ville ?
Apify, presque toujours : une opération ponctuelle ne justifie pas d'apprendre un atelier que vous n'ouvrirez plus le mois suivant. Le raisonnement s'inverse dès que l'extraction devient récurrente sur des sites que le Store ne couvre pas : le temps d'apprentissage se rentabilise, la dépendance disparaît.