Vous êtes mandataire immobilier indépendant, agent en agence, négociateur location, syndic indépendant, ou gestionnaire de patrimoine. Vous savez que la loi n°2025-594 du 30 juin 2025 est entrée en vigueur le 11 août 2026 et a profondément modifié les règles du démarchage téléphonique non-sollicité. Vous vous demandez ce que cette loi change concrètement pour le démarchage par email — canal moins exposé politiquement, mais aussi encadré, dans des conditions différentes.
La réponse courte : le démarchage email reste autorisé après le 11 août 2026, mais sous des conditions précises qui varient selon que vous démarchez un professionnel (propriétaire-bailleur en société, gestionnaire d'actifs, syndic) ou un particulier (propriétaire-bailleur personne physique, vendeur potentiel résidentiel). Voici ce qui change concrètement, ce qui reste possible, et la méthode pour rester conforme.
Ce que la loi du 11 août 2026 change pour l'email
La loi n°2025-594 cible principalement le démarchage téléphonique non-sollicité, qui devient encadré sur opt-in préalable dans la majorité des secteurs (notamment l'immobilier). La loi consultable sur Légifrance ne modifie pas directement le régime applicable au démarchage par email, qui reste régi par le RGPD et par les positions de la CNIL antérieures.
Cependant, l'esprit de la loi — réguler les pratiques abusives de démarchage — se diffuse dans l'écosystème. La CNIL a renforcé sa vigilance sur les pratiques immobilières post-août 2026, et les sanctions liées au RGPD restent applicables : jusqu'à 4 % du chiffre d'affaires annuel mondial ou 20 millions d'euros, selon le montant le plus élevé, conformément au cadre RGPD européen.
Pour les sanctions spécifiques à la loi française anti-démarchage, le service-public.gouv.fr précise les montants applicables — 75 000 € pour les personnes physiques, 375 000 € pour les personnes morales en cas de violations caractérisées. Ces sanctions s'appliquent principalement au démarchage téléphonique, mais le démarchage email reste potentiellement concerné si l'usage de la donnée téléphonique en amont (extraction d'un fichier qui contient à la fois email et téléphone) viole le régime opt-in.
Démarchage email B2B en immobilier : ce qui reste autorisé
Le démarchage par email vers un destinataire professionnel reste autorisé sans consentement préalable explicite, selon les conditions de la position CNIL sur la prospection commerciale par courrier électronique. Trois conditions cumulatives doivent être respectées.
Première condition : le destinataire est professionnel au sens strict (personne morale, ou personne physique exerçant à titre professionnel). Concrètement en immobilier : SCI patrimoniale, holding immobilière, foncière, syndic professionnel, agence partenaire, marchand de biens, promoteur. L'email professionnel publié sur leur site corporate, dans leurs mentions légales, ou dans un annuaire pro est ciblable.
Deuxième condition : l'objet du démarchage est en lien avec l'activité professionnelle du destinataire. Un mandataire qui propose de vendre un bien à un investisseur immobilier — c'est dans la cible. Un mandataire qui propose une formation de cuisine à ce même investisseur — c'est hors-cible et non-autorisé sous le régime intérêt légitime.
Troisième condition : un opt-out clair est proposé dès le premier message. Lien de désinscription en pied d'email, indication de l'identité du responsable de traitement, mention des droits (accès, rectification, opposition). Le destinataire doit pouvoir refuser en un clic sans avoir à dialoguer.
Si ces trois conditions sont remplies, le démarchage email B2B en immobilier reste autorisé après le 11 août 2026.
Démarchage email B2C en immobilier : régime plus strict
Le démarchage par email vers un particulier (propriétaire-bailleur personne physique non-pro, vendeur potentiel résidentiel, locataire pour de la prospection achat) nécessite généralement un consentement préalable explicite (opt-in), selon le régime applicable au démarchage B2C en France.
Trois exceptions concrètes au régime opt-in B2C.
Première exception : relation contractuelle préalable (l'ancien acquéreur que vous re-démarchez sur une offre similaire après 3 ans). Le démarchage sur une offre similaire à un produit/service déjà acheté reste autorisé sous régime opt-out a posteriori, à condition que l'opt-out ait été clairement proposé au moment de la transaction initiale.
Deuxième exception : email professionnel exposé par le particulier dans son activité. Un propriétaire-bailleur qui publie son email pour gérer ses locataires reste dans le champ B2B au sens fonctionnel — le démarchage immobilier sur cet email reste autorisé sous conditions B2B.
Troisième exception : candidature ou démarche non-commerciale initiée par le destinataire (le propriétaire qui a déposé une demande d'estimation publique reste démarche-able dans la limite de cette demande).
Hors ces trois cas, le démarchage email B2C résidentiel pur nécessite l'opt-in préalable explicite — collecté typiquement via formulaire web, événement physique, ou conversation traçable où le particulier a confirmé accepter le démarchage.
La constitution propre d'un fichier email immobilier en 2026
Quatre sources pour constituer un fichier B2B immobilier propre.
Source 1 — Sirene de l'INSEE. La base Sirene permet de filtrer les établissements actifs par code NAF (68.31Z pour les agences immobilières, 68.32A pour la gestion locative immobilière, 68.20A pour la location de logements). Tu obtiens le nom officiel et le SIRET — gratuit et exhaustif.
Source 2 — Annuaires immobiliers pro. Les fédérations professionnelles (FNAIM, UNIS, SNPI) publient parfois des annuaires partiels de leurs adhérents. Les pages d'agence sur les portails immobiliers (Logic-Immo, SeLoger, Bien'ici) contiennent souvent les contacts directs.
Source 3 — Sites web des agences et acteurs pro. Crawl manuel ou automatisé des sites des cibles pour récupérer les emails publiquement listés (page contact, mentions légales obligatoires). Voir notre feature scraping Google Maps et feature email finder pour automatiser cette collecte.
Source 4 — Bloctel pour les téléphones. Quand votre démarchage utilise aussi le téléphone (rare en pure email mais à anticiper pour les multi-canal), Bloctel reste opposable et doit être interrogé avant tout appel. Voir notre guide pratique Bloctel.
Le contenu du message qui passe le filtre conformité
Trois éléments incontournables dans chaque message de démarchage email immobilier.
L'identité du responsable de traitement. Nom de l'agence ou du mandataire, adresse postale ou siège, numéro RCS ou SIRET. Information claire et accessible, généralement en pied d'email.
L'objet du démarchage en lien avec l'activité du destinataire. Pour un démarchage B2B immobilier : "Bonjour, je travaille sur les biens du 7e arrondissement de Lyon. Votre patrimoine inclut quelques immeubles dans le secteur. J'ai un acquéreur sérieux qui cherche un investissement à 800 K€-1,2 M€ — souhaitez-vous échanger pour estimer les biens dont vous envisagez la cession ?" Phrase qui démontre immédiatement le lien avec l'activité.
L'opt-out clair en pied d'email. Lien ou mention type "Pour ne plus recevoir ce type de messages, répondez 'STOP' à cet email" ou un lien de désinscription qui fonctionne en un clic. C'est non négociable.
Le message doit aussi rester court (80-150 mots maximum), personnalisé sur le destinataire (mention de son patrimoine ou de son activité spécifique), et factuel (pas de promesse mirobolante, pas de sur-promesse type "votre bien vendu en 30 jours garanti").
Pour quel mandataire ce cadre s'applique
Mandataire indépendant en réseau (IAD, Capifrance, SAFTI), agent en agence salarié, négociateur location, syndic indépendant, gestionnaire de patrimoine, marchand de biens : tous concernés par les règles de démarchage email post-11 août 2026. La liste des mandataires de votre zone conforme peut être constituée à partir des sources publiques, dans le respect strict du cadre B2B exposé ci-dessus.
Pour les agents qui démarchent des particuliers vendeurs (sourcing de mandats de vente directs), le régime B2C s'applique : opt-in préalable explicite obligatoire, hors les trois exceptions citées. La vue d'ensemble loi 11/08/2026 détaille ces points.
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Demander un accès alpha gratuitFAQ — Démarchage email immobilier post-loi 11/08/2026
La loi du 11 août 2026 interdit-elle le démarchage email ?
Non. La loi cible principalement le démarchage téléphonique non-sollicité, et instaure un régime opt-in pour le téléphone dans plusieurs secteurs dont l'immobilier. Le démarchage email reste régi par les règles antérieures (RGPD + position CNIL), avec des conditions précises selon que le destinataire est professionnel (B2B autorisé sous opt-out) ou particulier (B2C nécessitant opt-in généralement).
Quelles sont les sanctions en cas de violation ?
Pour le téléphone, sanctions spécifiques jusqu'à 75 000 € pour les personnes physiques et 375 000 € pour les personnes morales selon le service-public.gouv.fr. Pour l'email, le régime RGPD reste applicable : jusqu'à 4 % du CA annuel mondial ou 20 M€, selon le montant le plus élevé. Les sanctions CNIL pour violations email sont en pratique de quelques dizaines à quelques centaines de milliers d'euros pour les cas caractérisés.
Bloctel s'applique-t-il à l'email ?
Non. Le registre Bloctel s'applique uniquement au démarchage téléphonique. Pour l'email, la mécanique équivalente est l'opt-out individuel par message (lien de désinscription ou réponse STOP). Chaque destinataire qui refuse doit être retiré de votre liste pour les futurs envois.
Que faire si un destinataire demande la suppression de ses données ?
Vous devez supprimer effectivement les données dans un délai raisonnable (typiquement 30 jours). Confirmez par retour d'email que la suppression a été effectuée. Conservez une trace technique de la demande et de la suppression (log horodaté) pour pouvoir justifier en cas de contrôle CNIL.
Peut-on démarcher un mandataire concurrent par email ?
Oui, sous le régime B2B (intérêt légitime + objet en lien avec son activité + opt-out clair). Un mandataire qui en démarche un autre pour proposer un partenariat sur des biens, un échange d'information sur un marché local, ou un produit/service pertinent reste dans le cadre légal.
Le scraping de sites d'agences immobilières pour récolter des emails est-il légal ?
Oui, sous conditions de la position CNIL sur le moissonnage : données effectivement publiques (emails listés en page contact ou mentions légales), intérêt légitime démontré (prospection B2B en lien avec votre activité), opt-out respecté. Le scraping de pages d'agences immobilières publiques rentre dans ce cadre. Le scraping de données personnelles cachées derrière un compte utilisateur, lui, ne l'est pas.
Cet article apporte une information générale et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour les cas particuliers, consultez un avocat spécialisé en droit immobilier ou en RGPD.