Équivalent de Companies House : où chercher, pays par pays

Un partenaire britannique vous réclame le « registration number » de votre société, et vous ne savez pas quel numéro lui envoyer. Ou l'inverse : vous devez vérifier un fournisseur allemand avant de signer, et votre seul réflexe est Companies House — le site où l'on sort en trois clics, sans payer, les dirigeants et les comptes de n'importe quelle société britannique. Dès qu'une frontière apparaît, le réflexe tombe à plat. Reste la question : quel est l'équivalent de Companies House dans ce pays ?

Ce que Companies House réunit — et que ses équivalents dispersent

Il n'existe pas d'équivalent exact, et la raison tient en une phrase : Companies House cumule trois fonctions que la plupart des pays confient à des organismes distincts — immatriculer les sociétés, publier leurs documents, et rendre le tout consultable gratuitement. Chercher « l'équivalent » d'un pays revient donc d'abord à choisir laquelle de ces trois fonctions vous intéresse.

Companies House est une agence exécutive du Department for Business and Trade, chargée d'immatriculer et de dissoudre les sociétés et de mettre l'information enregistrée à la disposition du public ; plus de cinq millions de sociétés à responsabilité limitée figurent à son registre. Cette concentration est l'exception, pas la règle.

À l'étranger, les situations se rangent en quatre familles : les pays à registre national unique, ceux où le registre existe mais est tenu par plusieurs institutions, ceux où il n'existe aucun registre national, et le cas australien où c'est le régulateur des marchés financiers qui tient le registre des sociétés. Savoir dans quelle famille vous tombez vous fait gagner l'essentiel du temps.

Irlande, Pays-Bas, France : un registre national, un point d'entrée

Ce sont les pays les plus proches du modèle britannique : une institution nationale, un moteur de recherche public, et une couche gratuite qui suffit pour identifier une société. Le service payant commence quand vous demandez un document, pas quand vous cherchez une entreprise.

En Irlande, le rôle revient au Companies Registration Office, qui tient le Register of Companies. Le portail européen e-Justice précise que l'accès à l'information de base y est gratuit, une redevance s'appliquant à toute autre information — exactement la logique de Companies House, à ceci près que le corpus documentaire gratuit y est plus étroit.

Aux Pays-Bas, le Handelsregister appartient à la Kamer van Koophandel, la chambre de commerce néerlandaise. Sa particularité est son périmètre : il ne couvre pas que les sociétés de capitaux, mais aussi les entrepreneurs individuels, les associations, les fondations, les professions libérales et jusqu'aux administrations. Les informations de base — coordonnées, numéro de chambre de commerce, numéro d'établissement — y sont gratuites.

En France, la situation a changé récemment et beaucoup de guides en ligne ne l'ont pas intégré. Depuis le 1er janvier 2023, toute entreprise exerçant sur le territoire doit être immatriculée au Registre national des entreprises, tenu par l'INPI, qui a fusionné le registre national du commerce et des sociétés, le répertoire des métiers et le registre des actifs agricoles. Ses données publiques sont librement consultables. L'extrait Kbis, lui, reste délivré par les greffes des tribunaux de commerce contre une redevance fixée par l'État : c'est le document opposable, celui qu'on produit devant un tiers. Le détail des sources françaises est repris dans notre panorama des bases de données d'entreprises en France.

Allemagne, Espagne, Italie : le registre existe, mais personne ne le tient seul

Dans ces trois pays, la question « quel est l'équivalent de Companies House » a une réponse en deux temps : un portail national de consultation, et derrière lui une multitude de teneurs de registre locaux. Vous cherchez au même endroit, mais l'autorité qui écrit la donnée n'est pas la même selon la ville.

L'Allemagne en est l'exemple le plus net. Le Handelsregister est tenu localement par les tribunaux d'instance, et le portail commun agrège les registres du commerce, des coopératives, des sociétés et des associations de tous les Länder. Le portail e-Justice indique qu'un extrait électronique du registre coûte 4,50 euros, tandis que l'accès aux documents comptables sur l'Unternehmensregister, opéré par Bundesanzeiger Verlag, est gratuit. Autrement dit : en Allemagne, les comptes sont plus faciles à obtenir que la fiche d'identité de la société.

En Espagne, les Registros Mercantiles sont tenus par les registradores, organisés par province. Le point à connaître avant de commencer : l'accès au registre du commerce espagnol n'est pas gratuit. Il n'y a pas d'équivalent espagnol de la consultation libre britannique — il faut budgéter la vérification.

En Italie, le Registro delle Imprese est tenu par les chambres de commerce avec l'appui d'Unioncamere. Le compromis y est intermédiaire : l'accès au registre et à une information limitée, comme la dénomination et l'adresse, est gratuit, l'information complète étant payante et délivrée sur demande.

Pour ces trois pays comme pour toute l'Union, un raccourci existe : le service « Rechercher une entreprise » du portail e-Justice européen interroge les registres nationaux interconnectés depuis un point d'entrée unique. C'est le plus court chemin quand vous ignorez encore dans quel pays de l'Union la société est immatriculée — une logique que nous avions déjà suivie pour l'équivalent de societe.com à l'étranger.

États-Unis et Canada : aucun équivalent national de Companies House

Ici, la bonne réponse est qu'il n'y a rien à chercher au niveau national. L'immatriculation se fait à l'échelon fédéré, et l'organisme fédéral qui ressemble à Companies House ne couvre qu'une fraction des entreprises. Chercher « le Companies House américain » fait perdre du temps, parce que l'objet n'existe pas.

Aux États-Unis, une société se déclare auprès de l'État où elle exerce : la Small Business Administration indique qu'une LLC, une corporation, un partnership ou une nonprofit corporation doit s'enregistrer dans chaque État où elle conduit une activité, généralement auprès du Secretary of State. Il y a donc autant de points d'entrée que d'États, avec des interfaces, des délais et des tarifs qui n'ont rien de commun. Le registre fédéral EDGAR, tenu par la SEC, ne donne accès qu'aux documents déposés par les sociétés soumises à obligation d'information — il ne remplace pas un registre du commerce.

Le Canada fonctionne sur le même principe, avec un étage fédéral plus lisible. La base de Corporations Canada permet de confirmer l'existence d'une société créée sous une loi fédérale, mais elle exclut explicitement les sociétés constituées sous une loi provinciale ou territoriale. Pour celles-là, le service Registres des entreprises du Canada interroge les registres des provinces et territoires. Une société canadienne peut donc être parfaitement légale et introuvable dans la base fédérale.

Australie : c'est le régulateur des marchés qui tient le registre

Le cas australien mérite sa propre ligne, parce qu'il déroute : le registre des sociétés n'est pas tenu par une agence dédiée à l'immatriculation, mais par l'Australian Securities and Investments Commission, l'autorité de régulation des marchés financiers. Le même organisme surveille les licences financières et publie les noms des dirigeants interdits d'exercer.

La couche gratuite y est bien délimitée. L'ASIC donne accès sans frais au nom de la société, à son type, à ses identifiants ABN, ACN, ARBN ou ARSN, à sa date d'immatriculation et à la commune, l'État et le code postal de son siège. L'adresse précise, l'historique et les documents relèvent des extraits payants, facturés entre 10 et 23 dollars australiens selon le type d'extrait. Détail utile : les adresses personnelles des dirigeants ne figurent pas dans ces extraits, pour des raisons de protection des personnes.

Le numéro que vous cherchez change de nom à chaque frontière

La deuxième cause de blocage n'est pas le site, c'est le numéro. Un interlocuteur qui vous demande « votre Companies House number » attend un identifiant qui n'existe pas chez vous, et vous perdez un aller-retour à le lui expliquer. Il vaut mieux savoir d'avance quel identifiant fait foi dans le pays concerné.

En France, l'identifiant qui circule est le SIREN pour l'entité et le SIRET pour l'établissement — deux numéros distincts, ce qui surprend souvent les interlocuteurs étrangers habitués à un identifiant unique par société. Aux Pays-Bas, la fiche publique porte un numéro de chambre de commerce et un numéro d'établissement. En Australie, l'ABN est un numéro unique à onze chiffres qui identifie l'entreprise auprès de l'administration, des autres entreprises et du public, tenu à l'Australian Business Register — et distinct de l'ACN, qui ne concerne que les sociétés. Cette distinction entité-établissement, on la retrouve dès qu'on rattache des identifiants légaux à une liste d'entreprises.

PaysRegistre officielQui le tientConsultation de base
Royaume-UniCompanies House registerAgence du Department for Business and TradeGratuite
IrlandeRegister of CompaniesCompanies Registration OfficeGratuite (information de base)
Pays-BasHandelsregisterKamer van KoophandelGratuite (information de base)
FranceRegistre national des entreprisesINPI (extrait Kbis : greffes)Gratuite ; extrait payant
AllemagneHandelsregister / UnternehmensregisterTribunaux d'instance / Bundesanzeiger VerlagExtrait à 4,50 € ; comptes gratuits
EspagneRegistros MercantilesRegistradores, par provincePayante
ItalieRegistro delle ImpreseChambres de commerce, avec UnioncamereGratuite (nom et adresse)
CanadaCorporations Canada + registres provinciauxGouvernement fédéral et provincesGratuite
AustralieRegistres des sociétés et organisationsAustralian Securities and Investments CommissionGratuite ; extrait de 10 à 23 AUD
États-UnisAucun registre nationalSecretary of State de chaque ÉtatVariable selon l'État

Gratuit chez Companies House, payant chez la plupart de ses équivalents

C'est l'écart que les listes de liens ne mentionnent jamais, et c'est pourtant celui qui décide de votre méthode. La consultation britannique gratuite et complète est une exception : sur les neuf pays passés en revue ici, cinq facturent soit l'extrait, soit l'accès lui-même, et un sixième — les États-Unis — laisse chaque État fixer ses règles.

Conséquence pratique : une vérification ponctuelle avant contrat se fait au registre officiel, quel qu'en soit le prix, parce que c'est lui qui fait foi. En revanche, contrôler cinquante fournisseurs répartis sur cinq pays au tarif de l'extrait devient un poste de dépense réel — et surtout un travail manuel, fiche par fiche, qu'aucun de ces registres n'est conçu pour éviter. Ils publient de la donnée juridique — forme juridique, dirigeants, statut — pas des listes exploitables.

C'est la différence de nature qu'il faut garder en tête. Un registre répond à « qui est cette société ». Une plateforme de données d'entreprises comme outsend répond à une autre question — « donne-moi les établissements de ce type dans ce pays, avec leurs coordonnées » — en constituant la liste puis en l'exportant, sur environ 199 pays. Les deux sont complémentaires : le registre certifie, la plateforme constitue. À noter, et c'est une limite honnête : le rattachement automatique aux identifiants de registre ne couvre aujourd'hui que la France, parce que ce sont les seules sources publiques que la plateforme interroge. Pour l'Allemagne ou l'Espagne, le passage par le registre national reste manuel. Si votre besoin est de bâtir la liste plutôt que de certifier une société, vous pouvez demander un accès alpha gratuit.

Questions fréquentes

Existe-t-il un Companies House européen unique ?

Non, mais le service « Rechercher une entreprise » du portail e-Justice s'en approche : il interroge depuis un point unique les registres du commerce interconnectés des pays de l'Union. Il ne remplace pas le registre national, il vous y conduit. Le Royaume-Uni, sorti de l'Union, n'y figure plus.

Quel est l'équivalent exact de Companies House en France ?

Il y en a deux, selon l'usage. Pour la donnée publique consultable librement, c'est le Registre national des entreprises tenu par l'INPI depuis 2023. Pour le document opposable devant un tiers, c'est l'extrait Kbis délivré par le greffe du tribunal de commerce, contre redevance.

Peut-on obtenir gratuitement les comptes annuels d'une société étrangère ?

Cela dépend du pays, et la réponse ne suit pas l'intuition. En Allemagne, les documents comptables de l'Unternehmensregister sont accessibles gratuitement alors que l'extrait de registre est payant. En Espagne, l'accès au registre est payant. En Italie, seules la dénomination et l'adresse sont libres.

Pourquoi les États-Unis n'ont-ils pas de Companies House ?

Parce que le droit des sociétés y est une compétence des États, pas de l'État fédéral. Une société se constitue dans un État donné et n'apparaît que dans le registre de cet État. Le fédéral n'intervient que pour des obligations spécifiques, comme les dépôts auprès de la SEC pour les sociétés faisant appel public à l'épargne.

Ces registres suffisent-ils pour constituer une liste d'entreprises à démarcher ?

Non, et pas seulement pour des raisons techniques. Ils sont conçus pour la consultation fiche par fiche, sans coordonnées commerciales exploitables. S'y ajoute un point juridique : le caractère public d'une donnée ne vaut pas autorisation de traitement, comme nous le détaillons sur l'enrichissement de données et la conformité. Les définitions du domaine sont regroupées dans notre glossaire de la prospection.

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